“Charité”, Une Saison en Enfer

Catégories : 1873agressivitéArthur RimbaudAutobiographieCharitéChristianismeCréationCréation poétiqueDieuDrogueJournalMalMarginalMarginalitéPoésiePoètePoète mauditPostureProvocationReligionRévolteSatan

Titre : Une Saison en Enfer
Auteur : Arthur Rimbaud
Langue originale : Français
Date : 1873
Genre : Récit

Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient. (…) Or, tout dernièrement m’étant trouvé sur le point de faire le dernier couac ! j’ai songé à rechercher la clef du festin ancien, où je reprendrais peut-être appétit. / La charité est cette clef. − Cette inspiration montre que j’ai rêvé !

Le texte placé par Rimbaud en ouverture d’Une Saison en Enfer (1873), proche d’un monologue théâtral par son oralité véhémente et ses jeux de posture, semble désigner la charité comme un point névralgique dans la constitution du moi en sujet – sujet moral, mais aussi sujet poétique. Cette vertu théologale, qui dans la religion chrétienne doit inviter à l’amour désintéressé du prochain, se voit accusée par le poète de n’être qu’un rêve trompeur, clef d’un festin désormais inaccessible à l’homme de la Chute, c’est-à-dire à celui qui, fort de l’enseignement porté par les désillusions amoureuses, esthétiques, sociales et politiques du début des années 1870, dans la droite filiation des Fleurs du Mal, dédie désormais les “hideux feuillets de [s]on carnet de damné” à Satan.

En mettant en scène le rejet violent de la charité, c’est implicitement à tout un pan de sa propre production poétique que Rimbaud tourne résolument le dos : les titres de cette première inspiration (parmi lesquels le poème “Les Soeurs de charité“) parlent d’eux-mêmes, les thématiques sociales suggérant l’influence encore très sensible de Victor Hugo chez le jeune poète.

Pour citer cette page : "“Charité”, Une Saison en Enfer", in Lipotexte, URL: http://lipotexte.org/charite-une-saison-en-enfer/, mis en ligne le 25 septembre 2018, consulté le 21 mars 2019.