“Sorcellerie”, Macbett

Catégories : 1972Crime de masseDictatureEugène IonescoFrançais (langue)LangageMacbettManipulationMédiaPassivitéPropagandeRéécriture de MacbethSirèneSorcellerieSorcièreTélévisionThéâtreTyrannie

Titre : Macbett
Auteur : Eugène Ionesco
Langue originale : Français
Date : 1972
Genre : Théâtre

Les sorcières allaient par trois chez Shakespeare, elles ne sont plus que deux dans la réécriture d’Ionesco. On peut voir dans la perte de ce chiffre symbolique un premier signe de leur dévalorisation. Dans Macbett, les sorcières semblent en effet singulièrement dénuées de pouvoir. Elles arrivent après la bataille, au sens propre comme au sens figuré, et cachent mal les grosses ficelles de leurs tours de magie de pacotille.

Aussi peu crédibles soient-elles, elles ne sont pourtant pas si éloignées des Weird Sisters shakespeariennes : leur vrai pouvoir réside dans la manipulation du langage. Véritables sirènes, elles envoûtent les hommes de la pièce avec leurs voix mélodieuses et parviennent, à coups de paroles pleines de bon sens et de bons sentiments, à consolider durablement un régime tyrannique. On peut dès lors voir en elles des incarnations de l’aveuglement occidental face aux dictatures du XXe siècle. Les deux sorcières ne sont-elles pas associées aux médias, en effet, dans cette version ? Ionesco placerait ainsi le public en position de spectateur de sa propre passivité : confortablement installé, le public ne réagit pas devant le spectacle de crimes de masse, trompé par les discours mielleux qui lui sont servis.

Pour citer cette page : "“Sorcellerie”, Macbett", in Lipotexte, URL: http://lipotexte.org/sorcellerie-macbett/, mis en ligne le 31 octobre 2018, consulté le 13 juillet 2020.